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Prague tremplin des rêves

Au zénith de sa trajectoire créatrice, Janula nous convie aujourd’hui à une fabuleuse fête, la fête de l’icône elle-même. Cependant, la sacré, ici, ne se concentre point dans la physionomie nimbée de lumiêre de quelque improbable divinité, mais dans Prague, la Ville Dorée. Comme au fond d’un tabernacle, la Ville Dorée dissimule son immémoriale figure, celle qui défie le temps et la vanité des croyances humaines.¨

Toutefois, l’icône « d’un autre temps » est aussi la source d’où s’élancent la lumière dansante des désirs et des illusions, la musique soûle et fluide des couleurs, le ballet translucide du « peau de réalité ».

Dans ces authentiques retables de notre fin de siècle que sont les grandes Fenêtres de janula, entre le panneau du fond, opaque et univoque, et les volets à triple lecture, s’offrent à nous les sept versions contradictoires et complémentaires de l’icône. Le panneau du fond, en bois, supporte une image volontairement neutre et somme toute assez banale de ces hauts lieux que sont le Château royal, ůe pont Charles IV, les églises baroques, le jardin vrtbovska. Les volets, en fibre de verre, peints au recto et au verso, appelent en outre une vision par transparence et superposition. Et au contraire du panneau du fond, ils laissent toute la place à l’invention. Néanmoins, il n’existe pas de solution de continuité entre ceux-ci et ceux-là, car ceci renvoie à cela, et cela renvoie à ceci. Icône multiple et multiplicante, éblouie et éblouissante, enchantée et enchanteresse, icône accordéon d’images.

Que l’on ne s’y trompe pas, ceci est également une fête de la peinture. Depuis Léon Battista Alberti au Xve siècle, le tableau a été fréquemment assimilé à une fenêtre. Mais il faut reconnaître que cette analogie, toute théorique, n’avait qu’assez médiocrement inspiré les peintres jisqu’à ce jour, à quelques fulgurantes intuitions près de Caspar Friedrich à René Magritte en passant par Robert Delaunay et par henri matisse. Avec Janula, tout est remis en cause, y compris une question aussi quotidienne que celle.ci : « Vaut-il mieux qu’une fenêtre soit ouverte ou fermée? » ou à plus forte raison cette autre un peu plus originale tout de même : « Que se passe t-il lorsqu’une fenêtre, se prenant pour une glace sans tain, nous permet de passer de « l’autre côte » du visible? »

Car la fenêtre, cessant alors de donner sur le monde extérieur, donnerait résolument sur le monde intérieur. Mais le Grande Fenêtre de Janula, cëst autre chose encore, car non seulement elle donne à la fois sur le monde extérieur et sur le monde intérieur, mais elle se situe en ce point privilégié d’où, comme il a été dit, les contraires « cessent d’être perçus contradictoirement ».

Et ce n’est pas pour rien snas doute qu’entre toutes le villes du monde, ce soit Prague qui prête à pareille alchimie. Prague feu d’artifice des nostalgies, Prague ivresse du furtif, Prague tremplin des revês, Prague « gueule de bois » de ce qui n’arrivera plus.

Paris le 25 février 1995 José Pierre

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