Čeština English German France

PORTES EN ABIME

Le commun des mortels, s’il se trouve devant une porte, l’ouvre, la ferme, l’entrebâille et puis l’oublie. La poète, lui, voit en elle des symboliques ayant trait, par example, à l’idée de seuil à franchir ou à ne pas franchir – porte du ciel, porte de l’enfer, “portes d’ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible“ chéres à Gérard de Nerval.

Mis en présence d’une porte, Janula se l’approprie, purement et simplement, montrant par là un bel esprit de décision. Il en fait le support puis la matière même de son œuvre, avant de la mettre en abîme ou de la pervertir. Pour lui, “ouvrir une porte“ doit s’entendre d’abord au sens premier, comme on “ouvre une boîte“ afin de savoir ce qu’elle contient. Toujours en quête de nouveaux matériaux, Janula décide un jour de jeter son dévolu sur des portes, les plus banales, les plus ordinaires qui soient. Et voilà le trait de génie : Janula s’empare d’une scie électrique pour tailer à même les panneaux. Il découvre alors que les dits panneaux sont constitués de deux plaques de bois collées de part et d’autre d’une paroi de carton moulé fait d’alveéoles au dessin en nid d’abeille.

Donc, il va “sculpter“ à sa manière ce matériau très ordinaire, qu’il connaît bien pour s’être déjà servi, auparavant, de carton ondulé. Il va lui inventer des formes, inscrire dans ses découpes d’autres objets quotidiens : enjoliveurs de roues de voiture, couvercles de boîtes de conserves, lames métalliques de réfrigérateur, bijoux fantaisie, que sais-je? Il va lui donner ses couleurs – mauves, ocres, bruns, bleus, jaunes, blancs, qui constituent sa de plasticien, sa pâte, son épaisseur tellurique, son relief.

Parfois le peintre, éprouvant je ne sais quelle rare forme de claustrophobie, taille une ou plusieurs ouvertures dans les panneaux, y fiche des éclats de miroir. Alors, subtil jeu de fuites, de rebonds du regard, de perspectives déviées confère à ces portes en abîme une étrange force de fascination.

En décrivant ainsi la façon dont j’ai vu ces nouveaux tableaux de Janula, je pourrais donner à penser que le peintre a choisi une démarche un tant soit peu philosophique, ésotérique même. Il n’en est rien. Janula reste, à mes yeux du moins, celui que je connais depuis plus de vingt ans : un peintre-artisan, bricoleur de génie, boulimique de matière, assembleur insatiable d’objets et de morceaux de quotidien, pilleur d’épaves laissées sur ses rivages pollués par notre société dévoreuse. Avec tout cela il “fait“ du Janula, reconnaissable au premier coup d’oeil, irréductible à toute autre création.

Malgré son étonnante capacité de renouvellement, le peintre construit une œuvre dont la cohérence me frappe toujours davantage, à chacune de ses étapes. Voilà une lecture de l’espace et de la densité qui mêle, avec un humour subtil, allégresse et gravité. Janula, pour qui connâit les péripéties de son existence, a connu des moments difficiles avant et après l’exil. Je l’admire pour avoir toujours su préserver son élan créateur et garder intact son optimisme tempéré d’une féconde intranquillité. La vraie patrie d’un pentre reste son œuvre.

JEAN ORIZET DE L’ACADÉMIE MALLARMÉ

en arrière »
Publishing by Admin24
2008
© Karel Sedláček, 2008 - 2018